Autour de Lyon, dès les premiers beaux jours, les abeilles réapparaissent dans les jardins, les parcs, les balcons et les vergers. Une petite boule d’insectes dans un arbre, une abeille qui butine une lavande ou un gros insecte noir qui vibre près d’une fleur : faut-il s’inquiéter ? Est-ce une abeille domestique, un bourdon, une abeille sauvage… ou même un frelon ?
Depuis 1995, j’interviens dans la région lyonnaise pour récupérer les essaims d’abeilles signalés par des particuliers, des entreprises, des écoles ou des collectivités. Une question revient souvent : « Comment reconnaître les différentes abeilles autour de Lyon ? » Voici quelques repères simples pour observer sans paniquer et savoir quand appeler un apiculteur.
Une précision utile : toutes les abeilles ne vivent pas en ruche
Le mot « abeille » désigne une grande diversité d’insectes. En France, on compte plusieurs centaines d’espèces d’abeilles sauvages. Elles ne produisent pas toutes du miel en quantité, ne vivent pas en colonie et ne construisent pas de rayons de cire.
L’abeille domestique, celle que l’apiculteur élève dans une ruche, appartient à l’espèce Apis mellifera. Elle vit en société, avec une reine, des ouvrières et des mâles. À côté d’elle, on trouve les bourdons, qui sont également des abeilles, ainsi qu’une multitude d’abeilles solitaires.
Et puis il y a les insectes qui ressemblent aux abeilles, notamment les syrphes. Ils jouent eux aussi un rôle important dans la nature, mais ils ne sont pas des abeilles et ne peuvent pas piquer.
L’abeille domestique : l’abeille de la ruche
L’abeille domestique est généralement reconnaissable à son corps brun doré, rayé de bandes plus ou moins foncées. Elle mesure environ 1 à 1,5 centimètre. Son apparence peut varier selon la lignée, l’âge, la saison et le pollen qu’elle transporte.
Une abeille qui butine seule sur une fleur ne signifie pas qu’un essaim se trouve forcément à proximité. Les ouvrières parcourent plusieurs kilomètres autour de leur colonie pour trouver du nectar, du pollen, de l’eau et de la propolis.
L’abeille domestique est une abeille sociale. Dans une colonie, chaque individu a un rôle : nourrir les larves, nettoyer les cellules, ventiler la ruche, fabriquer la cire, garder l’entrée ou récolter les ressources. La colonie fonctionne comme une véritable petite ville, avec ses ouvrières infatigables et une reine qui assure la ponte.
Elle peut piquer, mais elle ne cherche pas à attaquer les promeneurs. Une abeille qui butine est généralement concentrée sur sa fleur. Il est préférable de ne pas la chasser avec les mains et de ne pas l’écraser : elle repartira souvent d’elle-même.
Reconnaître un essaim d’abeilles
Au printemps, entre avril et juin le plus souvent, une colonie peut essaimer. Une partie des abeilles quitte alors la ruche avec une reine pour former une nouvelle colonie. C’est un phénomène naturel de reproduction, pas une invasion organisée par les abeilles pour prendre possession du quartier !
Un essaim fraîchement installé forme généralement une grappe compacte suspendue à une branche, une gouttière, un volet, un poteau ou parfois à un endroit surprenant : un vélo, une cheminée ou la façade d’une entreprise. Les abeilles sont alors regroupées autour de la reine et attendent de trouver un logement définitif.
- La grappe peut mesurer de quelques centimètres à plusieurs dizaines de centimètres.
- Les abeilles sont serrées les unes contre les autres et semblent former une masse vivante.
- Il n’y a pas encore de rayons visibles dans la plupart des cas.
- Le bourdonnement est souvent continu, mais l’essaim reste généralement calme.
Un essaim posé depuis peu peut repartir après quelques heures ou un à deux jours. Il ne faut pourtant pas attendre trop longtemps pour demander conseil, surtout s’il se trouve près d’une porte, d’une fenêtre, d’une école ou d’un lieu de passage.
Que faire si vous en découvrez un ? Éloignez les enfants et les animaux, gardez une distance raisonnable, fermez les fenêtres proches et évitez les fumigènes, les insecticides et les jets d’eau. Prenez une photographie depuis un endroit sûr et contactez un apiculteur habitué à la récupération des essaims.
Le bourdon : une abeille robuste et velue
Le bourdon est souvent pris pour une grosse abeille. Son corps est plus trapu, plus rond et couvert de nombreux poils. Selon l’espèce, il peut être noir et roux, jaune et noir, ou présenter une extrémité blanche ou orangée.
On rencontre plusieurs espèces autour de Lyon, dans les jardins, les prairies, les haies et les espaces urbains fleuris. Le bourdon terrestre, par exemple, possède souvent une bande claire sur le thorax et une extrémité blanchâtre. Le bourdon des pierres est fréquemment noir avec l’extrémité de l’abdomen rouge orangé.
Le vol du bourdon est caractéristique : il est bruyant, parfois un peu lourd, mais remarquablement efficace. Avec son corps chaud et puissant, il peut sortir tôt le matin et continuer à butiner lorsque les températures sont encore fraîches. Il est aussi capable de faire vibrer certaines fleurs pour libérer leur pollen, une technique particulièrement utile pour les tomates et d’autres plantes.
Un bourdon peut piquer, mais il est généralement pacifique lorsqu’il butine. Contrairement à l’abeille domestique, il peut piquer plusieurs fois, car son dard n’est pas muni de petits crochets qui le feraient rester dans la peau. Cela ne signifie pas qu’il faut le craindre : laissez-lui simplement son espace.
Les abeilles solitaires : discrètes mais nombreuses
Les abeilles solitaires sont moins connues du grand public. Pourtant, elles sont très présentes dans la région lyonnaise. Comme leur nom l’indique, chaque femelle construit son propre nid et s’occupe seule de sa descendance. Il n’existe pas de grande colonie, pas de reine entourée de milliers d’ouvrières et pas de rayon de miel à récolter.
Parmi les plus faciles à observer figurent les osmies, parfois appelées abeilles maçonnes ou abeilles rouges. Elles sont souvent rousses, cuivrées ou brun orangé. Elles apprécient les petits trous dans le bois, les tiges creuses, les murs anciens et les hôtels à insectes. Au printemps, on peut les voir entrer et sortir de petits tubes, qu’elles bouchent avec de la terre ou de l’argile.
Les andrènes nichent souvent dans le sol. Elles peuvent former de petits regroupements sur une pelouse, un talus ou un chemin en terre. On remarque parfois de petits monticules de terre autour de l’entrée du nid. Leur présence peut impressionner lorsqu’elles sont nombreuses, mais elles ne constituent pas un essaim et sont rarement agressives.
Les abeilles charpentières, ou xylocopes, sont beaucoup plus imposantes. Leur corps est noir, souvent avec des reflets bleutés, et leurs ailes peuvent briller au soleil. Elles creusent des galeries dans le bois tendre ou déjà abîmé. Leur taille impressionne, mais elles préfèrent généralement éviter le contact avec l’être humain.
- Une abeille solitaire est souvent observée seule ou en petit nombre.
- Elle ne forme pas de grosse grappe suspendue.
- Elle ne produit pas de réserve de miel destinée à être récoltée.
- Elle participe activement à la pollinisation des arbres fruitiers et des plantes sauvages.
L’abeille coupeuse de feuilles et ses petits ronds parfaits
Vous avez déjà remarqué des feuilles découpées en petits cercles réguliers sur un rosier, un lilas ou une autre plante ? Il s’agit peut-être du travail d’une abeille coupeuse de feuilles, appartenant notamment au genre Megachile.
Cette abeille prélève des morceaux de feuilles pour construire les cloisons de son nid. Elle ne dévore donc pas la plante et ne cherche pas à l’abîmer durablement. Les découpes sont propres, presque réalisées avec une perforatrice miniature. C’est un indice amusant et facile à observer dans un jardin.
Ces abeilles sont solitaires et ne défendent pas une ruche. Elles sont précieuses pour la biodiversité et méritent d’être laissées tranquilles. Une plante légèrement découpée reste souvent bien plus bénéfique qu’un jardin parfaitement uniforme et traité.
Attention aux syrphes : de faux airs d’abeille
Certains insectes ressemblent beaucoup aux abeilles, mais appartiennent en réalité à la famille des mouches. Ce sont les syrphes. Ils possèdent souvent un abdomen jaune et noir, comme les abeilles ou les guêpes, ce qui leur permet de dissuader certains prédateurs.
Un indice simple permet de les distinguer : les syrphes n’ont que deux ailes, comme toutes les mouches, alors que les abeilles possèdent quatre ailes. Ils peuvent aussi faire du surplace devant une fleur, une capacité très caractéristique.
Les syrphes sont inoffensifs pour l’être humain : ils ne piquent pas. Leurs larves peuvent même se nourrir de pucerons. Avant de sortir une tapette ou un aérosol, prenez donc le temps d’observer l’insecte. La nature réserve parfois de bonnes surprises, même sur un balcon en pleine ville.
Ne pas confondre abeille et frelon asiatique
Le frelon asiatique n’est pas une abeille. Il appartient à la famille des guêpes et présente un corps plus allongé, une taille supérieure à celle d’une abeille domestique et une coloration sombre avec une large bande orangée sur l’abdomen. Ses extrémités de pattes sont souvent jaunes.
Le frelon européen, lui aussi présent autour de Lyon, est généralement plus grand et plus largement marqué de jaune et de roux. Dans les deux cas, il ne faut pas tenter de détruire un nid soi-même, surtout avec une échelle ou un matériel improvisé.
Un nid de frelons est une construction en papier, souvent installée dans un arbre, une haie, un grenier ou un abri. Ce n’est pas une grappe d’abeilles. Si vous avez un doute, observez à distance et contactez les services compétents ou un professionnel spécialisé. Un apiculteur peut identifier un essaim d’abeilles, mais la destruction d’un nid de frelons relève d’une intervention adaptée.
Les bons gestes pour protéger les abeilles autour de Lyon
Les abeilles domestiques, les bourdons et les abeilles solitaires ont besoin de fleurs, d’eau et de lieux où nicher. Même un petit jardin ou un balcon peut leur offrir des ressources utiles.
- Plantez des espèces qui fleurissent à différentes périodes : lavande, thym, romarin, bourrache, sauge, cosmos ou lierre.
- Évitez les traitements insecticides, surtout pendant la floraison.
- Laissez quelques zones de sol nu pour les abeilles qui nichent dans la terre.
- Conservez des tiges creuses et installez un hôtel à insectes bien orienté, au soleil et à l’abri de la pluie.
- Disposez une coupelle d’eau avec des cailloux ou des morceaux de bois pour éviter les noyades.
- Ne bouchez pas précipitamment les petits trous occupés par des abeilles solitaires.
Dans un verger lyonnais, quelques arbres fruitiers en fleurs peuvent attirer une grande diversité de pollinisateurs. Une abeille domestique n’est pas toujours la plus visible : un bourdon ou une petite osmie peut travailler discrètement sur les mêmes fleurs.
Quand appeler un apiculteur pour un essaim ?
Si vous voyez une grappe d’abeilles regroupées au même endroit, ne vous approchez pas inutilement. Les abeilles sont souvent calmes pendant l’essaimage, mais leur réaction peut changer si elles sont dérangées, enfumées ou aspergées.
Indiquez précisément l’adresse, la hauteur de l’essaim, son accessibilité et, si possible, envoyez une photographie. Précisez également s’il se trouve dans un conduit, derrière un volet, dans une cheminée ou à l’intérieur d’un mur. Ces détails permettent de préparer l’intervention.
Dans la région lyonnaise, une intervention rapide facilite la récupération, notamment lorsque l’essaim vient juste de se poser. Une fois installé dans une cavité, il peut commencer à construire des rayons et devenir beaucoup plus difficile à retirer sans dégâts.
Autour de Lyon, les insectes que nous appelons communément « abeilles » sont donc très variés. L’abeille domestique vit en colonie, le bourdon est une abeille robuste et velue, les abeilles solitaires travaillent chacune de leur côté, tandis que les syrphes imitent leur apparence sans pouvoir piquer. En observant la forme, la taille, les couleurs et le comportement, il devient plus facile de les différencier.
Et si une grande grappe apparaît au printemps dans votre jardin ou sur votre lieu de travail, gardez vos distances, protégez les personnes sensibles et appelez un apiculteur. Les abeilles n’ont probablement pas choisi votre maison par hasard : elles cherchent simplement un nouveau logement.
